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La 2ème vie des meubles et des matières

Un atelier partagé pour restaurer ses meubles comme un pro

L'ETABLISIENNE

Découvrir les rudiments de l’ébénisterie ou de la tapisserie, tout en sauvant de vieux meubles : c’est ce que proposent, au grand public, un nombre grandissant d’ateliers partagés. La formule séduit de plus en plus d’amateurs aux motivations variées. Reportage.

Découvrir les rudiments de l’ébénisterie ou de la tapisserie, tout en sauvant de vieux meubles : c’est ce que proposent, au grand public, un nombre grandissant d’ateliers partagés. La formule séduit de plus en plus d’amateurs aux motivations variées. Reportage.

 

Pas d’erreur possible : même si la façade ancienne annonce « Couverture-plomberie», lorsqu’on entre dans l’atelier-dépôt-vente et troc, l’Etablisienne, l’odeur des vernis mêlée à celle du bois, les courbes des innombrables fauteuils, commodes, tables et chaises, les outils soigneusement rangés… tout parle de l’amour des meubles et du travail manuel.

La fondatrice et directrice du lieu, Laurence Sourisseau, designer de formation, le revendique : « Dès le départ, j’ai souhaité focaliser l’Etablisienne sur le meuble. Je voulais qu’on puisse y apprendre et y travailler de façon professionnelle. Car, il y a sept ou huit ans, quand j’ai fait, pour moi-même, l’état des lieux des formations existantes, je me suis aperçue qu’il manquait un maillon entre les formations professionnelles diplômantes et le bricolage ». A force de patience, Laurence Sourisseau est parvenue à dénicher l’endroit idéal, un vieil atelier à deux pas de la place de la Nation à Paris. Là, elle et son équipe d’animateurs proposent à tous, 7 jours sur 7, des espaces, des outils et le conseil de professionnels pour réparer, restaurer et transformer par soi-même meubles et objets.

 

Seconde vie pour meubles condamnés

A l’évidence le concept travailler-comme-des-pros-tout-en-restant-un-amateur a fait mouche. En cinq années d’existence, les différents ateliers animés par d’authentiques ébénistes, menuisiers ou tapissiers ont déjà séduit 3600 inscrits, qui viennent redonner jeunesse à un fauteuil de famille plutôt que de le jeter, ou offrir une seconde vie à une commode récupérée dans les encombrants.

Cyril*, la quarantaine, inscrit depuis peu à l’Etablisienne, s’escrime à retirer les clous et agrafes de la feuillure d’une sorte de lit d’enfant à deux dossiers : «On appelle ce petit meuble une “turquoise”. Celle-ci date du XVIIIe siècle. Il s’agit d’un meuble de famille. Les générations d’enfants qui l’ont utilisée en sont venues à bout. Je choisirai probablement un tissu moderne pour jouer sur le contraste avec l’ancien. Je pense que cela me prendra plus d’une trentaine d’heures ». Quand on aime, on ne compte pas !

 

On fait, on défait, on refait

Evelyne*, une habituée qui fréquente l’atelier depuis trois ans confirme : « Il faut beaucoup de patience. On fait, on défait, on refait. Je restaure de vieux meubles récupérés dans une grange. Ma motivation est d’abord le plaisir de faire avec mes mains. C’est un besoin, afin de trouver un équilibre par rapport à ma vie professionnelle. Et puis ici, il y a toujours une excellente ambiance ».

Virginie Chartier, tapissière professionnelle, anime les ateliers du lundi. Elle s’attache à ajuster son niveau d’exigence au projet et à la motivation de chaque participant : « Chacun vient ici avec sa propre envie. Certains voudront refaire à l’identique le fauteuil de leur grand-mère, alors que d’autres seront prêts à la faire se retourner dans sa tombe en le tapissant d’une peau de zèbre ! De plus, tout le monde n’a pas le même temps à consacrer à son loisir. Mais je n’hésite pas à faire refaire et à me montrer exigeante, tout en m’adaptant aux contraintes de chacun. Ici, je suis tapissière conseil, c’est très différent d’une formation classique ».

 

C’est moi qui l’ai fait !

Le succès de l’Etablisienne doit beaucoup à la tendance, très en vogue depuis quelques années, du « c’est moi qui l’ai fait », ou autrement dit du do it yourself. Laurence Sourisseau perçoit, au-delà des effets de mode, d’authentiques besoins exprimés par les adeptes des ateliers : « Le do it yourself a toujours existé : nos grands-parents le pratiquaient déjà ! Il y a également toujours eu des gens créatifs. Mais aujourd’hui, nous sommes arrivés à un point de convergence de plusieurs mouvements. Les gens travaillent de plus en plus dans le virtuel, et se sentent un peu crétins à finalement ne rien savoir faire de leurs mains. Il y a aussi une source d’économies à faire les choses soi-même. Le grand public entend parler de plus en plus de développement durable : par exemple le Pavillon circulaire installé sur le parvis de l’Hôtel de Ville à l’occasion de la COP21 a eu de l’impact. On voit également beaucoup de personnes qui s’interrogent sur leur devenir professionnel et qui viennent à l’Etablisienne pour tester autre chose. Les plus jeunes sont souvent tentés par la fabrication pure et le détournement d’objets. Ce lieu fonctionne comme un tamis de motivations. Ainsi, je me sens utile, ce qui est pour moi une valeur essentielle ».

http://www.letablisienne.com

*nota : le prénom des participants aux ateliers a été modifié.

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