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Professionnels

Mécaniser la préparation des matelas pour en augmenter la performance de recyclage et réduire la pénibilité

Dans les centres de préparation de la literie, les matelas que nous collectons sont démantelés, puis triés par matières, lesquelles sont ensuite recyclées ou utilisées comme source d’énergie. Ces étapes étaient à l’origine très manuelles. La modernisation des centres de démantèlement laisse place aujourd’hui à un process de plus en plus mécanisé. Comment et pourquoi les centres de préparation optent-ils désormais pour la mécanisation d’une majorité des étapes de démantèlement des matelas ? Gonzagues Doliger, Directeur d'exploitation chez Secondly et Franck Berrebi, Président de Recyc-matelas, nous en disent plus.

Pourquoi avoir opté pour la mécanisation du démantèlement des matelas ?

Franck Berrebi : Depuis que nous avons démarré notre activité, les volumes à traiter ont augmenté. Il nous était donc devenu nécessaire d’améliorer les conditions de travail de nos opérateurs, de réduire la pénibilité de leurs missions et d’augmenter la productivité du site. Comme on est dans un métier de volume, il faut pouvoir avoir du personnel qui s’inscrit dans la durée, et donc que les conditions de travail s’améliorent de façon constante. Notre entreprise s’inscrit pleinement dans une démarche d’amélioration continue au travers de la politique Qualité-Sécurité-Environnement (QSE) du Groupe.

Comment concrètement cette mécanisation intervient-elle ?

Franck Berrebi : Le démantèlement des matelas à ressorts et alvéolaires était déjà mécanisé. Pour améliorer plus encore le confort de travail de nos équipes, nous avons également supprimé les tâches manuelles de réception, de convoyage et de tri, grâce à un système qui permet de transporter les matelas de façon mécanisée. Aujourd’hui, les opérateurs ne portent plus les produits plusieurs fois. Ils n’ont plus à les transporter d’un endroit à l’autre de l’usine, des phases de stockage aux phases de démantèlement. Ils n’ont plus à disposer les matelas sur palettes et peser ces dernières. Cette nouvelle installation permet également d’identifier si, tout au long du parcours du matelas sur le convoyeur, il s’agit d’un matelas à ressorts, en mousse ou en latex.

 

Gonzagues Doliger : Sur notre site, l’ensemble des étapes de démantèlement est mécanisé. Une fois les matelas hygiénisés, ils entrent via un convoyeur dans notre process et suivent les étapes suivantes :

  • Le matelas va d’abord être découpé sur les trois quarts de sa périphérie, la face avant et les deux faces latérales grâce à une scie mécanisée ;
  • Puis le matelas passe entre deux rouleaux qui vont retirer le coutil*1 du matelas par enroulement. Seule l’âme*2 du matelas continue le parcours sur le convoyeur pendant que le coutil est extrait du circuit via un autre convoyeur ;
  • Enfin l’âme du matelas (mousse ou latex) finit sa course dans une « trancheuse » qui la réduit en « frites » de 30 cm environ facilitant son conditionnement en balle. Auparavant, les opérateurs traitaient en fin de convoyeur une âme de matelas pesant entre 10 et 30 kilos. Désormais, ils prennent en charge plusieurs petites frites de matelas qui font entre 3 et 4 kilos.

Qu’en est-il des matelas ressorts ?

Gonzagues Doliger : Le démantèlement de ces matelas est très complexe parce que toutes les couches textiles sont cousues et agrafées à la suspension ressort. Ces matelas étaient traités à la main jusqu’à l’année dernière. Nous avons aujourd’hui mis en place un système permettant de préparer le matelas et séparer la partie textile de la suspension ressort de manière totalement mécanisée via une cisaille à métaux et une mini pelle hydraulique.

Franck Berrebi : Les matelas à ressorts étant très hétérogènes, selon leur âge, la machine ne permettait pas d’homogénéiser le démantèlement. On a donc développé un système à part pour démanteler les matelas à ressorts, que l’on a fait évoluer avec le temps. Une fois que le matelas a été ouvert sur 25 % de sa périphérie, on peut ainsi mécaniser la séparation de la partie métal de la partie textile. Ainsi, une pince mécanique tire la nappe de ressorts, pour la dégager de l’enveloppe du matelas. Pour vous donner une idée du rendement, on fait passer un matelas tous les 45 secondes dans cette machine, alors que manuellement, c’est entre 10 et 12 minutes par opérateur. Et la pénibilité est telle que ce procédé n’est pas envisageable autrement que via la mécanisation.

Quelles sont les étapes où l’homme doit encore obligatoirement intervenir ?

Franck Berrebi : L’ouverture des matelas reste encore effectuée par un opérateur, avec de meilleures conditions de travail qu’auparavant : l’ergonomie du poste de travail a été améliorée et les opérateurs travaillent désormais par deux, ce qui réduit la répétition des efforts et favorise une gestion du temps de travail plus efficace. Sur les matelas mousse et latex, nous sommes en train de travailler sur un process permettant de mécaniser totalement l’ouverture des matelas, sans intervention humaine.

Gonzagues Doliger : Le conditionnement des matières et le démantèlement des matelas en laine (5% du flux), entièrement cousus et capitonnés, nécessite encore une intervention manuelle des opérateurs. Toutefois nous envisageons un investissement à court terme dans un système d’aide au port de charge afin de soulager davantage les opérateurs.

Quels sont les bénéfices de la mécanisation ?

Gonzagues Doliger : les bénéfices portent, en premier lieu, sur la réduction des mouvements répétitifs, facteurs de TMS (Troubles Musculo- Squelettiques) *2. La mécanisation des opérations entraîne de ce fait une amélioration des conditions de travail. Le second bénéfice immédiat porte sur l’accroissement des compétences pour nos opérateurs qui passent petit à petit de la pure manutention à la conduite de process.

Franck Berrebi : Je partage évidemment cet avis et on constate une réelle réduction de la pénibilité, avec des postes de travail adaptés en amont. Les conditions de travail sont donc aujourd’hui largement meilleures, avec moins de turn-over et moins d’absentéisme. Nos employés, dont 60 % sont en insertion, sont tous ravis de ces évolutions. Il n’y pas eu de réduction de postes liée à l’automatisation, les tâches à chaque poste ayant été redimensionnées. De plus, au vu de l’augmentation des volumes qu’il est possible de traiter, il y a du travail pour tout le monde. C’est donc plutôt très positif. Pour le moment, il n’y a que sur notre site de Limay, où l’on traite le plus de volumes, que nous avons procédé à l’automatisation. Prochaine étape : automatiser notre site en Vendée d’ici fin 2018.

Qu’en est-il des performances de l’entreprise ?

Gonzagues Doliger : Nous sommes maintenant capables de démanteler entre 9 et 10 tonnes de matelas, là où, au début de Secondly, nous ne traitions manuellement que 3,5 tonnes sur une journée.

Franck Berrebi : Le site de Limay ne pouvait traiter que 9 000 tonnes de matelas par an en 3 x 8. Aujourd’hui on peut traiter 9 000 tonnes en 2 x 8 et jusqu’à 12 000 tonnes par an en 3 x 8. Les résultats sont là, à la fois pour les salariés et pour l’entreprise !

*1 Coutil : « Désigne le tissu qui recouvre le matelas, c’est la matière qui est directement en contact avec l’extérieur. L’aspect esthétique du coutil peut avoir une importance en fonction des différents piquages des coutures du tissu. Son atout le plus important est qu’il possède divers traitements pour garantir la bonne hygiène de votre matelas. » Source : Maliterie.com

Âme : « On appelle l'âme d'un matelas, ou cœur, le constituant principal du matelas (latex, mousse ou ressorts). L'âme est habillée de plateaux constitués de différentes couches de garnissage (capitonnage en bourrelets ou rembourrage) et est enveloppée d'un coutil. » Source : Wikipédia

*2 : « Les troubles musculo–squelettiques (TMS) regroupent des affections touchant les structures situées à la périphérie des articulations : muscles, tendons, nerfs, ligaments, bourses séreuses, capsules articulaires, vaisseaux… Les parties du corps les plus fréquemment atteintes sont : le dos, les membres supérieurs (épaule, coude, poignet), plus rarement les membres inférieurs (genoux). Les TMS ont des causes multiples, mais l’activité professionnelle joue fréquemment un rôle dans leur survenue, leur maintien ou leur aggravation. » Source : Ameli.fr

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